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Journal Le Soleil samedi 17 Juillet 2004
SAINT-MICHEL-DE-BELLECHASSE —À l'arrivée des estivants, le village de Saint-Michel double. Mais c'est de moins en moins vrai puisque plusieurs s'y nichent en permanence, retenus par le temps qui semble se suspendre malgré le flux et le reflux du fleuve Saint-Laurent. Un havre de paix et de bonheur, mais avec son envers du décor.
EMoreault@lesoleil.com
Saint-Michel bénéficie d'une situation exceptionnelle, celle de voir sa berge baigner en pente douce dans le fleuve alors qu'à plusieurs endroits, les falaises dominent. Le point de vue sur l'île d'Orléans, les Laurentides et les îles de Montmagny — est un pur ravissement. Membre de l'Association des plus beaux villages du Québec, y déambuler vaut aussi le coup d'œil: les petites maisons colorées en bardeaux de bois côtoient les maisons ancestrales, que beaucoup rénovent dans le respect de l'esprit patrimonial.
C'est ce qu'a fait Jocelyn Belley, un retraité de la SQ, en plus d'y aménager un atelier d'artiste peintre au sous-sol « ouvert au public pour que je puisse échanger avec eux». Lui et sa conjointe, Arlette Fortin (prix Robert-Cliche en 2001 pour C'est la faute au bonheur), cherchaient un endroit avec du cachet sur le littoral et une rue principale passante « pour réaliser un rêve ». Ils sont passés de Charlesbourg à Saint-Michel.
« On a été happé par le paysage et séduit par les couchers de soleil fantastiques. Chaque saison porte ses couleurs en elle», décrit M. Belley, qui reconnaît volontiers, toutefois, que l'automne, « c'est long».
Louis Grenier, ex-fonctionnaire fédéral, et Ghislaine Veilleux, ex-enseignante en soins infirmiers, furetaient aussi ici et là, à la recherche de la tranquillité, du silence et de la beauté du littoral. Eux qui ont possédé un voilier pendant 10 ans, voulaient « un accès au fleuve et être relativement proche de Québec ». L'anse Mercier, aux limites de Saint-Michel, leur a tapé dans l'œil. Le chalet de 1934 aussi, qu'ils auraient bien aimé retaper. Ils ont dû se résoudre, comme bien d'autres, à le jeter à terre pour se reconstruire la maison idéale, celle que le couple a lui-même dessiné.
Le maire Léonard Leclerc n'y voit que du bon. Et il est bien placé pour comprendre le hénomène. Il est revenu s'établir en permanence à Saint-Michel il y a huit ans, à sa retraite, lui qui avait quitté son village à l'âge de 12 ans pour étudier. On peut sortir les gens de la campagne, mais difficilement la sortir de ceux-ci. «En ville, je commençais à étouffer. J'avais besoin d'air, d'espace.Je tenais à Saint-Michel à cause du littoral », explique M. Leclerc. Le temps avait quand même fait son œuvre. « On était comme des nouveaux, on ne reconnaissait plus personne. » Ce qui ne l'a pas empêché de s'engager. D'abord comme conseiller municipal, deux ans, puis comme maire «pour un seul mandat», tient-il à préciser. Après, «je veux faire du vrai bénévolat». Malgré un âge moyen élevé, Saint-Michel n'est pas qu'une destination de retraités. De plus en plus de jeunes familles s'y établissent, surtout si le couple travaille sur la Rive-Sud. Tout ça contrebalance les gens qui vont ailleurs voir s'ils y sont. Le maire Leclerc trouve formidable ce vent de fraîcheur, tout comme le fait que certains de ses concitoyens nouvellement arrivés s'impliquent — « mais pas une majorité » : « Ils apportent des idées nouvelles et de la vie dans le village, » M. Belley, par exemple, a contribué à la créatibn d'un Festival du chant choral (la deuxième présentation se déroule les 6,7 et 8 août).
INTÉGRATION
D'autres préfèrent, au contraire, rester à l'écart: «C'est leur choix. » Il faut dire que l'intégration n'est pas toujours aisée, même dans un village accueillant comme à Saint-Michel. « C'est tissé serré, ça prend un certain temps, confirme M. Belley. Il ne faut surtout pas sous-estimer les difficultés d'adapta tion, prévient l'ex-policier. «Il faut vouloir. Surtout pour un couple qui a chacun ses attentes. » Déménager dans une communauté rurale, ça reste un (petit) choc pour l’urbain. «Tu te places dans l’inconnu et tu te laisses surprendre par les choses. »Pour certains,c’est trops ; ils repartent. Qui plus est derrière le décor de carte postale, il y a la réalitédes besoins et services ,On est loin de la proximité. Il y a aussi, dans ce secteur de Bellechasse, un problème d'approvisionnement en eau potable et de traitement des eaux usées. La population sera consultée cet automne, mais on sait déjà que la facture sera salée.
Un émigré récent de la ville, qui a vécu un véritable coup de foudre, ne craint plus qu'une chose (et ce n'est pas que le ciel lui tombe sur la tête) : ses prochains comptes de taxes. Déjà que le taux de taxation est semblable à celui qu'il payait à Québec. Cette immigration vers Saint-Michel, à l'ouest de la région de Québec, se constate aussi à Saint-Antoine-de-Tilly (et ses environs), à l'est. On n'a pas besoin d'évoquer l'exemple de Charlevoix, sur la Rive-Nord. Mais sur la Rive-Sud, le phénomène s'étend jusque dans le Bas-du-Fleuve, ce qui n'est pas sans causer plusieurs problèmes.
Mais ça, c'est pour la suite des choses, la fin de semaine prochaine dans Le Soleil.
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