|
Un p’tit lundi soir qui nous fait les poches!
Ce lundi soir-là du 28 novembre, plus de 60 Berthelais s’étaient donné rendez-vous à l’école afin de savoir pourquoi on les estimait tant! Pensez donc, le plan triennal 2006, 2007 et 2008 pour la municipalité augmentait de 19 millions de dollars : une pilule pour les nerfs avec ça?
Tout ça parce qu’on a décidé en haut lieu de vendre la vue sur le fleuve. Si vous pouvez le voir de plus près, c’est plus cher. Ainsi le veut «la valeur marchande» comme l’affirmait avec assurance l’évaluateur de la MRC, monsieur Mario Laroche. C’est donc dire que le prix fou que des gens sont prêts à payer pour un terrain sur le Saint-Laurent fait monter d’autant la valeur de vos maisons. Même si vous ne faites aucune restauration, même si vous avez une demeure modeste, vous payez d’autant plus que vous pouvez toucher, voir, ou sentir le fleuve ! Berthier-sur-Mer au grand complet prend du galon à la bourse et on vous passe la monnaie. Vous valez plus cher, c’est pour ça qu’on vous appauvrit. Au prix de l’évaluation, je ne pourrais plus acheter ma maison, dit l’un. Dans tel village, des gens doivent vendre, dit un autre. Est-ce qu’on évalue mon grand jardin de fleurs demande une troisième ? Si je plante des arbres dit un quatrième, va-t-on me pénaliser ?
C’est un peu le genre de réflexions qu’ont entendues ou faites les gens présents ce soir-là. C’était une discussion avec un évaluateur qui fait son métier en estimant nos maisons et terrains selon la valeur marchande, en fonction de la loi québécoise sur la fiscalité municipale, laissant à d’autres des questions plus politiques qui ne relèvent pas ou peu de son domaine : est-on en train de tuer nos villages, est-ce que les gens occupent des maisons pour les vendre ou pour y vivre ? D’autres questions relevant de sa compétence ne trouvaient pas forcément pour autant réponse satisfaisante, comme : comment expliquer la variation importante des prix de terrains voisins, presque identiques, tient-on compte du fait que le fleuve peut ravager les terrains riverains comme cela se voit de plus en plus, a-t-on pris en compte aussi les services limités de certaines zones pourtant désignées comme celles où les propriétés ont subi les hausses d’évaluation les plus fortes? Avec toutes ces questions, j’ai pensé à celui qui m’avait dit qu’il ne viendrait pas à ce type de soirée parce qu’un évaluateur a toujours raison. Tu peux contester devant un juge, évaluateur lui-même, on peut y aller en force, engorger le système comme l’ont fait des gens de tel(s) village (s) : au bout du compte, le contribuable aura tort 19 fois sur 20.
De sorte que ce fut une soirée fort inutile, hormis de nous rassembler, de voir notre maire qui présidait et les membres du conseil, contribuables tout comme nous. Nous avions appris ce soir-là que nous prenions de la valeur, que nos maisons et terrains valaient plus chers à condition qu’on les vendent. Autrement, tu payes ! .Seule lueur à l’horizon : à ceux qui suggéraient que les politiciens portent leurs culottes (c’est un point de vue sur l’habillement), quelqu’un s’est avancé pour parler, Gilles Viel, représentant plus de 225 propriétaires de la MRC de l’Islet regroupés en mouvement parce que tannés d’être les dindons de la farce. Il avait vu ce type de soirée de doléances dans plusieurs endroits, il pensait que c’est en se regroupant qu’on pouvait faire changer l’escalade des évaluations, il nous invitait à joindre l’Association des propriétaires fonciers de la Côte-du-Sud. Nous apprenions par lui que plusieurs villages, de Beaumont à Kamouraska, en ont assez, se battent pour faire changer la loi : aux contribuables de porter leurs culottes. Ce soir-là déjà, plusieurs Berthelais ont adhéré à ce mouvement. Ironiquement quelqu’un est venu me souffler à l’oreille que ça nous prendrait une porcherie à chaque bout du village pour faire finalement baisser nos taxes ! Un autre citoyen avait auparavant demandé : «Dois-je comprendre que plus j’embellis mon village, plus vous augmenterez mes taxes» ? Avant lui, une citoyenne nous avait reparlé de ses fleurs : bien sûr, elles valent plus cher à Berthier-sur-Mer à cause du fleuve! Ce sont là des considérations qui devraient passer du préfet de la MRC, que le problème préoccupe comme maire de son village, au ministre des Affaires municipales du Québec.
André Gaulin
Berthier-sur-Mer
|